10 juillet 2010

CALVO David - Wonderful : So !

wonderfulTitre : Wonderful
Auteur : David CALVO
Plaisir de lecture : liv6_copy Livre avec entrée au Panthéon


Bientôt, la Terre n’existera plus. La lune est morte et va venir s’écraser sur la Terre, pulvérisant les humains et leurs rêves. Dans les derniers instants de vie, les Londoniens fourmillent : ils vivent, certains goûtant à une vie victorienne, d’autres en écoutant la radio, ou en accédant à une douce folie. Beaucoup de personnes ont un but commun : participer au grand marathon de danse au Trafalgar Square qui a lieu ces prochains jours. L’objectif est de devenir le nouveau Roi de Londres. Sur les chansons sélectionnées de BlueFM, Pooh tente de ne pas se noyer dans son chagrin, Margot cherche en vain un partenaire pour le marathon et Loom tente tant bien que mal de comprendre les paroles que prononce une orpheline en état de choc. 



wonderful3¨˜"°º• Loom (Dr Loomis de son vrai nom) exerce au complexe où des enfants abandonnés de plus en plus nombreux grossissent les rangs à l’approche de l’apocalypse. Pooh, sa compagne erre dans l’appartement et dans sa tristesse permanente que seule la présence de Loom arrive un peu à tarir. Loom est appelé en urgence auprès de la nurserie où une orpheline, inconsciente et en état de choc chante d’étranges paroles. Obsédé par ce qu’il en retourne, il va chercher à trouver la langue que cette fille a employée. Au détour de murs blancs, un malade qui s’est lui-même transpercé les yeux crie qu’ils l’ont retrouvé et qu’ils vont le faire grossir. Complètement asservi par ses pensées, Loom ne se rendra pas tout de suite compte qu’il est suivi par deux détectives, les frères Floatsam et Jetsam.
Margot Fiedler, quant à elle, est désespérée. Elle recherche activement un partenaire pour participer au marathon de danse. Elle n’a pas le choix, elle doit gagner. Coûte que coûte, c’est une course contre la montre qui se joue pour elle. Difficile pour une femme qui passe son temps le nez dans les livres, entre deux coups de stress, elle adopte Ornette, un drôle de « flocon ».
Grimm survit dans son palais, assisté d’Ignatz un orphelin recueilli, chaque jour est une nouvelle épreuve. Bien que ses sujets lui semblent fidèles, il sait très bien qu’on veut lui destituer son titre de Roi de Londres. Sa dernière trouvaille est un kaléidoscope qui semble bien l’accaparer…
Les reines Victoria et Mab, toutes deux sur leur territoire veillent au bon grain et sur leurs adeptes. Mais il ne fait pas bon régner quand certains Londoniens ne comprennent pas les lubies d’autres et que tout est prêt à déraper.

Pourquoi Pooh est-elle si triste ? Dr Loom va-t-il trouver la traduction de ces paroles incohérentes ? Pourquoi est-il suivi par Floatsam et Jetsam ? Pour qui les détectives travaillent-ils ? Margot trouvera-t-elle un compagnon à temps pour le lancement du marathon ? Qui est Ornette ? Est-il seulement possible de détrôner Grimm ? Qui lui a offert le kaléidoscope ? Les reines Mab & Victoria ne sont-elles pas des usurpatrices ?


wonderful1¨˜"°º• Nous entrons de vif dans une histoire pré-apocalyptique mais non moins romanesque. En tant que lecteur, nous sommes catapultés dans un univers qui n’est point expliqué. Il est difficile de se dire dès les premières pages, de lâcher prise et de se laisser porter. Au même titre que Loom, nous n’avons aucune vue omnisciente et nous avancerons autant à tâtons que lui. Tout jouera sur la désorientation du lecteur, qui de fil en aiguille, se surprendra par les retournements de situations et les révélations. A la moitié de l’histoire, nous découvrirons toujours de nouvelles intrigues, et reprendre son souffle devient difficile. Certes, nous apprenons le rôle de chacun, les actions, mais l’identité de chacun demeure encore floue. Le complot est universel et le déroulement peut paraître angoissé et déroutant.


¨˜"°º• Sur toile de « rêve », Calvo nous peint une fresque des activités humaines. L’euphorie permanente des personnages côtoie leur cynisme tatillon. Chaque « clan » d’humains, en vu de ses croyances s’est attribué un quartier de Londres. C’est comme ça que nous retrouvons les Victoriens et leur Reine Victoria à Buckingham Palace et la Reine Mab et son peuple féérique aux Jardins de Kensington. Certains citoyens se retrouveront pourtant bien seuls, notamment Loom qui sauve sa peau, Pooh l’affligée, Margot la solitaire et la voix de BlueFM, radio « pirate », Gouldling coincé dans son complet-veston gris, et Grimm, Roi de Londres. Wonderful est bien entendu la scène de ces destins croisés de nos personnages.


Manifestement, Wonderful a des allures de Neverwhere de Neil Gaiman. En premier lieu, les décors londoniens s’inspireront du précédent livre et pour ma part, je trouve que le combo Floatsam & Jetsam a quelques ressemblances avec le couple Croup & Vandemar.  Scènes poétiques et burlesques montent sur la scène tour à tour. Tragédie & Comédie se succèdent. La forte sensibilité des personnages frôlera leur intense exaltation. Dans un Londres où Big Ben a cessé de sonner, dans un Londres où l’esprit baroque prime, dans un Londres où tout est possible, vous n’aurez qu’une envie : y entrer !

Calvo nous présente un condensé de chimères absolument délicieux. Son histoire se révèle être également un exercice de style superbe. Il saura créer un équilibre parfait entre fantastique et rocambole.



Pour certains lecteurs, ce côté rêveur/poétique ne saura pas autant les transporter que j’ai pu l’être. J’ai aimé ce côté de l’abandon total du lecteur, invité simplement à « profiter ». Les personnages un poil tordu m’ont totalement séduite et l’univers baroque d’un(e) Londres effervescent(e) n’a pu que me plaire. La dimension de la machination planétaire ne pourra rendre que plus fragile cette histoire où les humains sont bien loin… de tout.



¨˜"°º• Calvo a reçu le Prix Julia Verlanger 2001 avec Wonderful.
L’édition que j’ai entre les mains, est celle de Bragelonne, dont la magnifique couverture a été refaite pour leurs « 10 ans » et est signée David Oghia.
Moi qui me plains des titres de chapitre trop révélateurs, je vous avoue que cette fois, j’ai été servie et que la majorité d’entre eux me demeurent encore énigmatiques.
Comme une bande sonore, le DJ de Blue FM du livre propose des chansons. Un trésor à découvrir grâce à Cachou, qui les a récapitulées...

Biographie :
calvo Né en 1974, au milieu des îles blanches de Massilia, ce bout du monde, David Calvo est systématiquement arrêté dans les aéroports pour vérification d'identité. Quand il ne court pas le monde pour se cacher de ceux qui lui veulent du mal, David Calvo écrit des livres, des nouvelles et des scénarii. On a dit de lui qu'il est hors normes, sans respect pour les codes et genres de la littérature, qu'il se nourrit exclusivement de caramel et de thé à la menthe. C'est vrai, mais il y a plus encore : iconoclastes et dérangées, ses œuvres sont en fait les cris désespérés d'un homme prisonnier de sa propre image, dont il tente de se débarrasser depuis qu'un sinistre critique a vu en lui le nouveau Norman Mailer de la Fantasy. Aujourd'hui, David Calvo se laisse bercer par les querelles intestines que son estomac droit livre, avec patience et opiniâtreté, à son colon gauche. Wonderful est son deuxième roman.


Extrait :

wonderfulextrait


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Ce livre a été apprécié en lecture commune avec Cachou, Gaëtan, Laure & Lhisbei.


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Souvenir lié à ma lecture :
Le choix de mon marque-ta-page, que j’ai découvert on ne peut plus approprié, à la fin de ma lecture. « Guardians » d’Amy Brown






D'autres avis disponibles chez :
- Hugin & Munin,
- Librairie Critic.


Pics : #1 Nightfall Over Big Ben par AngryDogDesigns, #2London after Midnight par IndigoChildren, #3 Guardians par Amy Brown.


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03 février 2010

McCARTHY Cormac - La route : Talc noir

larouteTitre : La route
Auteur : Cormac McCARTHY
Note : 4. Livre à découvrir

Mon résumé
L’Apocalypse a eu lieu… un homme et son enfant poussent le caddie de leur vie. Descendre vers le sud, coûte que coûte. Et accessoirement, (sur)vivre. Dans la trace des pas de ces deux hommes, nous allons goûté à la cendre, au gris d’un monde sans fin. Mais l’amour demeure entre eux, ils sont les « gentils », ils portent le feu. Alors aussi loin que leur chance pourra les mener, L’homme et le petit existeront.


Mon avis en quelques mots
McCarthy nous présente une histoire minimaliste où chaque mot est pesé. L’homme n’a que garant de vie, son propre fils. Ce dernier, sans enfance et mature trop tôt, le suit jusqu’au bout du monde. Ce couple intemporel traverse un paysage sombre où leur pire ennemi est la condition humaine. Par une plume glaçante, plongez au cœur d’un pays blessé où les gentils ne sont plus si nombreux que ça.




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Critique approfondie



Ce sont les pieds dans la cendre, que Lui et son enfant errent dans ce monde grisâtre. A la suite de l'apocalypse, leur seul but est de (sur)vivre coûte que coûte. L'homme et son enfant partent pour le sud : il n'est plus nécessaire de fuir, la mort rôde, ce n'est qu'une question de temps. Ils s'accrochent à leurs valeurs, à l'espoir de vivre encore un peu. Ils vont devoir faire face à la pénurie de nourriture et à leur pire ennemi : les autres. Leur chemin vers le sud sera pénible, à bien des titres.


¨˜"°º• Les hommes


78762264_2_ De prime abord, l'absence d'identité des personnages est quelque peu troublante. Nous ne connaissons le nom ni de l'Homme, ni de l'Enfant. Sans aucun doute, une volonté de McCarthy de nous renvoyer à notre propre image. Et si finalement, c'était nous ?
Les échanges verbaux entre nos deux hommes seront peu nombreux : leur caractère bref rend l’histoire d’autant plus intense… le long cheminement proposé par McCarthy qui pourrait aussi valoir l’honneur de remplir de définition, le titre « Route ».

L’homme est père d’un enfant relativement jeune (il sait tout juste écrire dans le sable et lire) porte sur ses épaules, un espoir mort dans l’œuf. Il tente tant bien que mal de ne pas se laisser bercer par de doux rêves et son ambition aussi stérile soit-elle est de rester en vie. Ils voyagent en suivant le macadam qui n’a plus de raison d’être, poussant dans le caddie, des placebos de vie. Le strict nécessaire, le peu qu’ils ont réussi à récupérer. Trouver de la nourriture devient de plus en plus difficile, au mépris de l’anthropophagie environnante, il assoit sa morale. Lui et le petit sont les gentils, il tente par tous les moyens de transmettre les valeurs d’un monde qui n’existe plus, en lesquelles il continue –ou fait semblant ?- de croire. Son plus grand garant de leur survie est son propre fils.

L'enfant, allégorie de la vie dans ce roman, n’est pas en reste. On le devine jeunot mais la joie innocente a quitté depuis longtemps ce petit être. Il devine ce que ressent son père et l’éprouve plus que tout. Il remet son « quotidien » en cause, il pose des questions peu anodines, quelques fois détournées pour trouver des réponses. Il est d’une maturité hors du commun…

Quand on sera tous enfin partis alors il n'y aura plus personne que la mort et ses jours à elle aussi seront comptés



¨˜"°º• Univers eschatologique

89789261_2_McCarthy nous propose un universravagé, anéanti, ardu, âpre, glaçant et rempli de désespoir. Il nous présente des personnes blessées dans un monde blessé. Dans cette adversité totale, l’homme et l’enfant ont des préoccupations « rudimentaires », répondre aux besoins vitaux : manger et boire. Accessoirement, dormir sans trop d’humidité. Dans cet espace où le temps semble s’être arrêté, les souvenirs d’une société disparue deviennent des mythes. Les survivants sont peu nombreux et sont enclins au cannibalisme. L’humanité présentée par Mc Carthy n’en a que le nom. La problématique de la condition humaine dans ce roman prend tout son sens. Tout est remis en question : la valeur des denrées, la valeur des objets et la valeur des sentiments.
Tout cela nous renvoie à nous-mêmes : que ferions-nous dans cette situation… l’impossibilité d’éviter la mort de cette manière, d’errer sans but.

L’évolution dramatique de l’histoire est inéluctable, mais bien plus que l’importance de la fin, entre ses pages sombres se révèle beaucoup d’amour. Notons d’ailleurs qu’il restera une pièce mystérieuse de l’histoire où l’interprétation demeure tout à chacun : la force du feu qu’ils portent en eux.



Il faut que tu portes le feu.
Je ne sais pas comment faire.
Si, tu sais.
Il existe pour de vrai le feu ?
Oui, pour de vrai.
Où est-il ?
Je ne sais pas où il est.
Si tu le sais. Il est au fond de toi. Il y a toujours été. Je le vois.



¨˜"°º• Plume de cendres


mccarthySoyons honnête, le prix Pulitzer a propulsé le livre de McCarthy. Avec l’adaptation cinématographique, « La Route » a été le centre d’un buzz phénoménal de la critique littéraire. Ce ne sont pas les 170 000 lecteurs que proclame le bandeau du livre qui me donnera le petit coup de pouce pour entamer ma lecture – moi qui fuis les best seller… Quantité & Qualité ne sont pas deux critères qui vont toujours de paire.

En attendant, ce livre étiqueté « Science Fiction post apocalyptique » n’en a que l’étiquette le titre. En conviennent les critiques des bloggeurs et bloggeuses pas spécialement attachés aux lectures SFFF (Science Fiction Fantasy Fantastique).

Cette histoire intemporelle, indéterminée et sans lieu de géographique donné propose une thématique tout aussi universelle et maintes fois, utilisée. Cependant, McCarthy a su se l’approprier : grâce à une plume quelque peu glaciale, il fait approcher une horreur plus que réaliste d’un monde de cendres.

L’histoire en soi ne fait pas peur, elle pose énormément de questions. Elle émeut beaucoup et ne laisse pas insensible. Une sensation un peu cafardeuse reste après que le quatrième de couverture soit refermé.

Ce récit est écrit dans un style relativement dépouillé. Chaque mot est pesé. Le tout est minimaliste : l’absence de ponctuation, l’usage excessif des « et » au sein d’une même phrase. La linéarité va même jusqu’aux discours sans guillemets, sans tirets, sans la précision des prosateurs. L’écriture en elle-même appuie la densité du roman sans saut de page, ni chapitre.


Il plongea et empoigna le petit et roula et se releva avec le petit qu’il tenait contre sa poitrine.


Cormac McCarthy, écrivain américain, né Charles Mc Carthy en 1933. A reçu le National Book Award en 1992 pour « De si jolis chevaux » et le Prix Pulitzer en 1997 pour « La Route ».


Aucune liste des choses à faire. Chaque jour en lui-même est providentiel. Chaque heure. Il n’y a pas de plus tard. Plus tard c’est maintenant. Toutes les choses de grâce et de beauté qui sont chères à notre cœur ont une origine commune dans la douleur. Prennent naissance dans le chagrin et les cendres. Bon, chuchotait-il au petit garçon endormi. Je t’ai toi.



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D’autres avis chez :
- Carnet de SeL,
- Connivences littéraires,
- Les lectures de Cachou,
... et plein d'autres ici, chez BOB.



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Posté par Acr0 à 20:30 - - Commentaires [11] - Rétroliens [0]
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